lundi 8 novembre 2010

GGR partie 2

 “- Ah bas tu vois que tu sais les ouvrir tes jolis petits yeux!
- Frankie… - Murmura Jo qui s’etait soudain fait tout petit et tres pale.-
-  Je t’avais dit qu’il arreterait de jouer au malin.
-  Ouais mais la Frankie, quand meme… -Gaspard ne disait toujours rien mais ses yeux grands ouverts fixaient l’arme, il semblait surprit, il avait pensé qu’on ne le tuerait pas tout de suite, et pour d’extravagantes raisons il s’était même persuadé qu’il faudrait de longues semaines de jugement avant qu’on ne le condamne a la peine de mort. Longues semaines pendant lesquelles il aurait pu leur faire entendre raison sur les atrocites de la guerre et la nécessité de cesser immediatement de tuer des innocents. Ou du moins longues semaines durant lesquelles il aurait pu trouver un moyen de s’échapper, ou, rêver a un moyen de s’echapper. Ou… n’importe quoi, juste un petit sursis, peut être pour reflechir encore un peu, faire le point, des choses comme ca.
Et rien du tout. Qu’une exécution sommaire dans une pièce crade, froide et puante. N’était il pas le heros? Ou l’ennemi publique numéro un? N’y avait il pas pour ces gens là un traitement de faveur?  Frankie – Un homme petit, rablé, soufflant comme un boeuf que gaspard s’interdisait de devisager - le tenait en joue avec un énorme fusil à baillonnette et la, tout de suite, maintenant semblait prendre un pied monstrueux. L’orgasme atteindrait son apogée la seconde précédent la detonnation. Ensuite il y aurait du sang, des lambeaux de chairs éparpillés dans la pièce et la pression retomberait doucement autour de Frankie qui cesserait peu a peu de bander.
Mais Gaspard était encore bien vivant, c’etait d’ailleurs atrocement douloureux d’être aussi vivant quand on était aussi amoché. Il n’empêche qu’il sentait encore battre son coeur, fort a l’interieur, pour encore quelques secondes, qu’ensuite ce serait terminé et qu’il n’aurait durant son passage éclair dans ce monde de merde rien fait d’autre que de souffrir, prendre des claques et en redistribuer.
Cette ébauche d’existence n’avait pas ete pleinement satisfaisante et il se surprit a en vouloir encore. Désesperement.
Il loucha sur le canon en joue contre sa tempe. Il était a terre, en position foetale, et Frankie riait. Il riait comme un dément. Il riait d’un rire rauque et enchanté, faisant mine de foutre encore des coups de pieds dans cette pauvre carcasse frémissante.
Des onomatopées enfantines d’explosions et de coups de feu fusaient d’entre ses levres.
A chaque mouvement de Frankie, Gaspard tremblait encore un peu. Il essayait de ramper pour éviter le canon et le dévier de quelques centimeters. Ses faibles mouvements épars semblaient augmenter un peu plus l’hillarite de Frankie qui n’allait pas tarder a ejaculer.
“-  Ah ah! Tu veux t’echapper? Regarde Jo il veut s’echapper – Jo ne disait rien, il regardait ses pieds en attendant que ça passe. Lui aussi revait d’une plage blanche  seulement bercée par le bruissement des vagues. Un endroit loin d’ici, de cette pluie dégueulasse qui tombait depuis des jours, loin de cette nuit froide et opaque, loin de cette pièce où un gamin se faisait ramasser depuis des heures par ce connard de Frankie, et loin de ce fusil qui allait leur attirer encore d’autres problemes.
“ – Comme ca me regarde avec ses grands yeux ! Oh ça fait moins le malin tout a coup. Tout a coup on regarde Frankie hein!? BOUM – Hurla-t-il tout a coup. Un sursaut transperca Gaspard qui trembla de plus belle, des larmes roulerent. Ca allait plaire a Frankie.
“ - Ah ah! Regarde Jo, il chiale cette petite ordure, je savais que c’était pas vraiment un homme au fond. Ah ah… T’as peur? He! T’as peur de mon fusil? Il a raison d’avoir peur, hein Jo? – Jo hocha la tête. Oui il avait raison d’avoir la trouille ce môme.- Regarde je te l’enfonce dans la tempe, ou si je veux dans la joue… Apres j’appuie bien avec ma baillonnette. A moins que je tire avant… Mon chef va être tellement content qu’on t’ai coincé. T’es mon augmentation. – Gaspard sentait le fer glacé du canon glisser lentement le long de son visage, il couinait doucement, ses larmes se mêlaient au sang qui coulait de son nez. – Baillonette ou fusil?- s’amusa Frankie. Gaspard ne répondit pas, il essayait de retrouver le calme et le noir mais son regard restait fige au fusil, presque fasciné. Combien de gens etaient morts de cette facon sommaire? Des millions et des millions. C’etait d’un commun, surtout chez eux. Peut être, mais il etait héros nationale, ennemi publique numero un et sa mort ne devait pas etre commune. N’est ce pas? Pas ici, pas dans cette piece, pas de la main de ce type laid et complêtement fêlé.
Frankie choisit le cou pour y enfoncer le canon si profondement que Gaspard eu le souffle coupe. La panique l’envahit soudain, elle surgit sans prevenir, il fut tout a coup incapable de reflechir, de se figurer un ailleurs ou se refugier mentalement.
Il n’y avait plus que ce fusil pointé sur lui, et cette grosse main rouge qui d’une seconde a l’autre pouvait décider d’appuyer sur la détente. Il n’y avait plus que l’image fulgurante de son crane explosé. Il n’y avait plus que son coeur qui battait a tout rompre en dedans. L’odeur de la mort emplissait ses narines. C’etait inéluctable, Gaspard savait que plus rien ne pourrait changer quoi que ce soit, il était bien trop tard à présent et la seule chose a faire était d’attendre que ca se passe.
Il n’était pas vraiment un hero national alors, les heros national n’avaient jamais peur et acceptaient dignement leur destin. Lui se contentait de convulser de terreur en couinant sur son bout de plancher.
“-S’il vous plait… - Pour la premiere fois on entendit sa voix, a peine audible, rauque et suffocante. Frankie sourit grand et Jo parut soulage. –
-Tu veux pas que je t’explose au fusil hein? – Gaspard lanca un autre regard suppliant.- Je veux que tu m’implores, je veux te voir ramper.
- Tout ce que vous voulez.
-C’est ca que je veux. Que tu me supplie…
- Je vous en supplie… Je… - le canon etait toujours fermement incruste dans son cou.- je peux plus respirer… s’il vous plait… enlevez …le…
- ca manque de conviction… - Gaspardavait l’air éperdu, son regard devenait flou et durant une seconde il se demanda s’il n’allait pas crever de lui meme, sans aide exterieure.-
- Il… il…a l’air sincère… - Murmura Jo interdit, le gamin avait l’air dans un sale etat, ils l’avaient tellement tabassé qu’il n’etait meme pas sur qu’il survive a ses blessures, et ça déjà ça allait etre difficile a justifier… Alors un trou dans le crane… c’était le bagne obligatoire.-
- C’est pas suffisant, ca fait trois heures que ce petit fils de pute m’humilie…
- Regarde le, il est moitié mort et pourtant il chiale comme un gosse, t’inquiète que c’est suffisant. – Gaspard ne respirait toujours pas, le fusil restait braqué sur lui et le ton de Franke n’indiquait pas qu’il se soit calmé. -
-Non, non c’est pas suffisant…  Je veux qu’il rampe a mes pieds.
- Mais il ne peut pas ramper Frankie, regarde l’etat dans lequel il est… - Frankie hocha la tête comme pour approuver Jo, puis lacha un soupir agacé avant d’enclancher la détente en entendant le cliquetis metalique qui indiquait que la balle allait partir, Gaspard perdit connaissance, Frankie profera un bruit censé imiter l’explosion et montra le cran de écurite à Jo qui n’était pas beaucoup plus vif que Gaspard.
Il regarda le corps moitié inconscient à terre et y fil un coup de crosse dans le flanc pour le réanimer. Gaspard ouvrit deux fentes humides et réalisa que même s’il n’était pas encore mort, l’arme etait toujours pointée sur lui. Frankie hurla de rire:
 
- Oh si Jo, regarde moi ca… c’est coriace ces bestioles la. Il va savoir ramper. Rampe.”
 
Et Gaspard rampa.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire